En France comme à Madagascar, les fins d’année scolaire riment avec fêtes.
À quelques jours du grand week-end du centenaire du collège Saint Joseph d’AMBOHIMAHASOA, l’établissement se prépare à vivre un moment exceptionnel de mémoire, de gratitude et de joie partagée.
Comme en France, les mois de mai et de juin à Madagascar sont souvent synonymes de célébrations : spectacles de danse, remises de diplômes, anniversaires, rassemblements d’anciens élèves, chants, retrouvailles et émotions. Mais ici, à Saint Joseph, cette fête prend une dimension toute particulière : celle de cent années d’éducation, de transmission et d’espérance.
Les panneaux photographiques réalisés pour l’exposition retracent une véritable aventure humaine : les premiers missionnaires, les religieuses directrices au fil des générations, les anciennes classes, les grands rassemblements, les portraits d’élèves d’hier et d’aujourd’hui, les activités pédagogiques mais aussi les engagements pour l’environnement et la vie collective.
À travers ces visages, ces uniformes, ces sourires et ces souvenirs, c’est toute une histoire qui se raconte : celle d’un collège de la congrégation des Sœurs de l’Assomption profondément enraciné dans la vie d’AMBOHIMAHASOA.
Ces photographies rappellent une évidence : l’école ne transmet pas seulement des savoirs. Elle construit des liens, des souvenirs, une identité et parfois même une famille.
VALIMBAVAKA = récompense (VALIM) et prière (VAVAKA)
De retour d’un périple de plus de 600 km de TULEAR, ville en bordure du canal de MOZAMBIQUE, à AMBOHIMAHASOA, ville des Hauts Plateaux, il attend. Il est assis à la droite du portail. Il joue avec ses claquettes.
Valimbavaka, cinq ans, et déjà mille vies.
Il a cinq ans, il est en classe de 12 ème. Cinq années seulement, un peu du poids d’un monde sur ses épaules et une envie folle de rire, jouer, grimacer.
Autour de lui, quelques adultes restent debout : sa maman, ses grandes sœurs, les Sœurs…
Le matin, dès 07h00, en ce début de saison hivernale, la brume épaisse s’accroche encore aux collines d’Ambohimahasoa. Les herbes sont humides, la terre respire, les coqs chantent. Valimbavaka marche sur le chemin de terre rouge qui longe les rizières. Il avance, seul, pas toujours propre, avec cette détermination tranquille des enfants qui ne se posent pas de questions.
Au bout du chemin, il y a l’école Saint-Joseph. En cours de chemin, il y a « Madame Bérangère ».
MORA, MORA
L’enfant qui prend son temps …
Valimbavaka est scolarisé à l’école St Joseph.
Il est réservé quand il y a du monde, comme s’il observait avant d’entrer en scène. Mais quand le cours commence, il participe. Il lève la main. Il essaie. Il ose.
Il est même un peu têtu. Il refuse, très souvent, de répondre aux questions des Sœurs.
Chaque matin, du haut du tabouret qu’il a placé devant la fenêtre, il pointe son bout de nez à la fenêtre de la salle où Mme Bérangère prend le petit déjeuner et lance un discret « bonjour – merci »
Et puis la fenêtre s’ouvre, son visage s’illumine.
Ce n’est pas seulement un goûter qu’il vient chercher. Il offre son cartable, Madame Bérangère y dépose un goûter après lui avoir demandé de montrer ses mains propres. C’est une attention, une présence, une reconnaissance, dans un monde où tout manque, cela vaut beaucoup.
Une maison au bord de la fragilité
Valimbavaka est le dernier enfant, et le seul garçon, d’une fratrie de cinq. La maison familiale, propriété de la paroisse, est posée au bord des rizières, fragile comme un souffle.
Son père boit. Les jours où l’alcool parle à sa place, les mots deviennent durs. Parfois les gestes aussi. La mère encaisse, protège, tient debout. Elle travaille comme elle peut : petits travaux au service de la communauté , petits revenus, grande dignité.
C’est elle qui porte la famille. C’est elle qui maintient la lumière.
Apprendre… malgré tout
À l’école, Valimbavaka apprend.
Les classes sont pleines. Trop pleines… plus de 60 élèves ! Les bureaux sont abimés, les cahiers sont rares. Les livres encore plus. Les mots français flottent dans l’air, mais ne trouvent pas toujours où se poser.
Et pourtant, il s’accroche.
Parce qu’il a compris une chose essentielle, sans qu’on lui explique : l’école est peut-être la seule porte.
Mais une porte vers quoi ?
Quel avenir pour Valimbavaka ?
Dans un pays respectueusement qualifié dans nos livres de géographie des années 80 « en voie de développement » où :
l’école peine à tenir ses promesses,
la pauvreté enferme autant qu’elle fatigue,
la corruption détourne les chemins,
Quel avenir peut-on dessiner pour tous les Valimbavaka ?
Madagascar est un pays de résistances, de résilience, de solidarités familiales et d’intelligences incroyablement vivantes, et malgré tout, la réponse est brutale : statistiquement, peu de chances.
Il pourrait quitter l’école trop tôt, rejoindre les champs, subir à son tour les fragilités d’un monde qu’il n’a pas choisi. »
Et pourtant…
Dans une vie où il manque presque tout, Valimbavaka a déjà appris à donner :
une chaise pour accueillir Madame Bérangère dans la classe chaque mardi matin
des kakis, des citrons cueillis sur les arbres, des gâteaux en remerciements des bonbons offerts
Ce que les statistiques ne disent pas
Elles ne disent pas :
le regard de Valimbavaka quand il comprend un mot,
son sourire quand il reçoit son goûter,
sa fidélité chaque matin,
sa capacité à aimer,
sa volonté d’apprendre le dimanche en utilisant les jeux reçus de ses amis Français invisibles
sa place à côté de Madame Bérangère durant les messes dominicales de 2h30.
Elles ne disent pas non plus l’impact d’une seule personne, d’un adulte qui croit en lui, d’un geste répété, d’un lien tissé jour après jour.
Là où tout peut basculer
Peut-être que l’avenir de Valimbavaka ne dépend pas d’un système, ni même d’un pays.
Peut-être qu’il dépend de rencontres, d’une école qui tient bon, d’une femme qui accueille chaque matin, des sœurs qui partagent des valeurs éducatives, d’un regard qui dit : tu comptes pour moi.
Parce qu’un enfant à qui l’on donne une place peut, un jour, trouver sa voie.
Une question pour chacun de nous
A cinq ans, il ne connaît ni les statistiques, ni les limites, ni les fatalités. Il avance chaque matin.
La vraie question n’est peut-être pas « Quel avenir pour Valimbavaka à Madagascar ? »
Mais plutôt : Quel avenir voulons-nous rendre possible pour tous ces enfants ?
Un avenir qui ne sera possible que lorsque le système éducatif sera davantage structuré : des enseignants davantage formés, une corruption maîtrisée, des classes à effectifs moindres…
Que fera son pays pour lui ?
Depuis la présence des premiers missionnaires, l’Église catholique a compris l’importance de l’enjeu éducatif à Madagascar. Nombreuses sont les écoles privées catholiques, et plus particulièrement celles des congrégations religieuses, qui apportent une réponse éducative. Mais, la question n’est pas qu’éducative, elle est aussi politique.
👉 Combien d’enfants comme lui faudra-t-il encore pour que l’on comprenne que l’avenir de Madagascar ne se joue pas demain… mais aujourd’hui, dans ses salles de classe ?
👉 « Combien d’enfants comme Valimbavaka devront encore marcher seuls sur les chemins rouges avant que l’éducation devienne une priorité ? »
Un pays se construit sur ses ressources, Madagascar en a de nombreuses : saphirs, flore, élevage, culture… Un pays se révèle dans la manière dont il protège et élève ses enfants.
Les enfants sont prêts.
Madagascar l’est-il ?
« Demain matin, dès le lever du soleil, VALIMBAVAKA reprendra le chemin de terre rouge. Son cartable sur le dos. Ses claquettes aux pieds. Et cette question silencieuse dans les yeux : le monde lui laissera-t-il une place ? »
la discrète force d’une éducatrice de l’Assomption
Nous ne croiserons plus sa silhouette discrète dans les couloirs de la communauté Saint Joseph d’Ambohimahasoa. Nous n’entendrons plus sa question « quoi de neuf ? » lancée du comptoir de son magasin à l’entrée de la communauté. Les élèves du collège Saint Joseph ne lui y achèteront plus de friandises , les fidèles ne la verront plus assise derrière nous lors de la messe dominicale, les communautés éducatives ne croiseront plus son sourire discret. Sa place au fond à droite de la chapelle de la communauté ne lui sera plus réservée. Cette femme profondément croyante, fidèle à la prière et à la vie communautaire malgré l’épreuve était un exemple.
Il est des personnes qui marquent une communauté sans bruit. Des personnes discrètes, fragiles parfois, mais profondément présentes. Sœur Célestine faisait partie de celles-là. Sœur Célestine continue toujours de vivre dans la mémoire de toute une communauté.
La Province de Madagascar des Religieuses de l’Assomption et sa famille sont aujourd’hui en deuil après le décès de
Sœur RAZAFINDRATOMPO Célestine du Sacré-Cœur de Jésus, survenu le 11 mai 2026 à l’âge de 72 ans, après 47 années de vie religieuse.
Durant sa vie consacrée, Sœur Célestine a répondu à plusieurs appels , notamment celle de directrice d’établissement scolaire, parmi lesquelles le collège Saint Joseph à Ambohimahasoa. Lors du dernier « espace rencontre communautaire » , elle disait avec conviction avoir été « une éducatrice sévère mais juste ».
Lorsque nous avons rencontré Sœur Célestine durant notre mission à Madagascar, elle portait déjà les lourdes séquelles d’un grave accident survenu à Tananarive. Renversée par une voiture, elle était restée inconsciente plusieurs jours. Son corps avait été profondément touché. La marche devenait de plus en plus difficile, lente, hésitante. L’autonomie physique diminuait peu à peu, l’indépendance intellectuelle demeurait.
Malgré le handicap, malgré la fatigue, malgré les douleurs silencieuses, Sœur Célestine répondait toujours présente :
– Présente lors des fêtes communautaires du Nouvel An. – Présente durant les « Espaces de Rencontre » organisés chaque mardi soir avec les sœurs de la communauté Saint Joseph autour de la question éducative : vouloir former des personnes debout ! – Présente pour partager son regard, son expérience, sa sagesse.
Entre deux quintes de toux, la parole devenait difficile, chacun tendait l’oreille car ses mots portaient encore une profonde vérité.
Sainte Marie Eugénie, fondatrice des Religieuses de l’Assomption, dit :
« Chacun a une mission sur la Terre. »
Cette mission, Sœur Célestine l’a accomplie jusqu’au bout, avec discrétion, avec fidélité, avec courage.
Nous garderons en mémoire cette frêle silhouette dans les couloirs de la communauté. Sa démarche devenait de plus en plus prudente, mais elle avançait encore. Elle avançait toujours.
De là-haut, elle ne manquera pas de veiller sur les 100 ans du collège dont elle a été un pilier.
Mais, comme l’a dit Sœur Aline, supérieure de la communauté :
« Elle est maintenant dans la communauté du Ciel. »
Cette phrase résume peut-être tout. Car Sœur Célestine aura vécu une vie donnée ,une vie offerte aux jeunes, à l’éducation, à la communauté, à Dieu. Misaotra « ma Sœura » .
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Cette parole de Saint Jean a été le fil rouge de son existence.
Aujourd’hui, la communauté Saint Joseph d’Ambohimahasoa, les Religieuses de l’Assomption, les anciens élèves, la Paroisse du Sacré Cœur, le mouvement « ASSOMPTION ENSEMBLE », les éducateurs et tous ceux qui l’ont connue rendent grâce pour cette présence humble et fidèle.
Sa vie continuera longtemps à parler dans le cœur de ceux que vous avez aidés à devenir des femmes et des hommes debout.
Bérangère et moi n’oublierons pas le trajet « TULEAR – AMBOHIMAHASOA » du 11 mai 2026. Mais surtout, nous n’oublierons pas une femme qui, malgré l’épreuve, malgré la fragilité du corps, continuait encore à être présente, à écouter, à croire en l’éducation et en l’humain.
Une vie qui continuera longtemps à nous éclairer ainsi que ceux que vous avez aidés à devenir des femmes et des hommes debout.
“Chaque année, 8 à 12 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans. Une simple bouteille en plastique mettra environ près de 450 ans à disparaître.
Il y a des images qui frappent. Celles des collines rouges de Madagascar que l’on reboise avec courage. Et puis il y a celles, plus discrètes, mais tout aussi violentes : un sachet plastique accroché à une branche, une bouteille en bordure d’océan, des emballages colorés qui serpentent entre les rizières, des murs de plastique.
Ici, à MADAGASCAR, comme ailleurs, les deux réalités coexistent : on plante, on pollue.
Un pays qui replante… mais qui s’encombre
Madagascar s’engage. Des campagnes de reboisement voient le jour, portées par les écoles, les associations, les villages, les paroisses, l’Etat. On replante les eucalyptus que l’on a détruits pour en faire du charbon de bois. On espère réparer. Mais pendant ce temps, le plastique s’installe, silencieusement, durablement, implacablement.
Le plastique, ennemi invisible du vivant
Il est partout. Dans les chemins, dans les forêts, en bordure des maisons, souvent dans l’océan, dans la cour de récréation. Contrairement à l’arbre qui pousse, le plastique, lui, ne disparaît pas. Il s’accumule, il s’infiltre, il modifie durablement la chaine alimentaire, il abîme sans bruit.
Le plus délicat, c’est que des élèves le brûlent et inhalent des produits toxiques… C’est peut-être là le plus grand danger.
Les enfants regardent… et reproduisent
À l’école, les enfants apprennent à lire, à écrire mais aussi à observer. Ils voient les adultes jeter, alors ils jettent. Non par négligence, mais parce que c’est la norme.
Et si le véritable enjeu était là ?
Non pas seulement planter des arbres mais planter une autre manière de vivre.
Et si le déchet devenait ressource ?
Et si ce plastique n’était plus seulement un problème mais une opportunité ?
Nous découvrons des initiatives :
des sacs tressés à partir d’emballages,
des objets du quotidien recréés à partir de ce que l’on jetait.
Des jouets créés par recyclage de boites de conserves
Ce qui était inutile devient utile. Ce qui polluait devient matériau.
Un combat culturel, avant tout
Planter un arbre est un acte visible. Ramasser un plastique est un acte discret.
Mais changer une habitude est un acte profond. C’est un acte éducatif
Il ne suffit pas d’agir une fois. Il faut répéter, montrer, encourager, créer d’autres normes.
Un appel
Aux enfants, Aux enseignants, Aux familles, Aux autorités…
Le reboisement est essentiel et la gestion des déchets l’est tout autant. Ne choisissons pas entre les deux, faisons les deux.
Et « ensembleamadagascar », dans tout cela ?
À notre petite échelle, ici à Ambohimahasoa, nous essayons d’éveiller, d’agir, de transmettre.
Parce qu’au fond, la question est simple :
👉 Quel monde voulons-nous laisser aux enfants… si celui que nous leur montrons est déjà abîmé ?
✍️ Chronique de jours ordinaires pour une mission extraordinaire 📍 Ambohimahasoa – Madagascar 🔗 ensembleamadagascar.blog
👉 “Un arbre planté aujourd’hui donnera de l’ombre et de l’eau demain. Mais, un plastique jeté aujourd’hui empoisonne déjà l’air que respirent les enfants.”
6 500 € en 10 jours : et si on terminait ensemble ce que nous avons commencé ?
Courant novembre 2025, ensembleamadagascar vous a invités à dessiner une école pour MAJORIVE là où il n’y avait que du fragile.
Aujourd’hui… 👉 6 204 € de promesses reçues (plus de 30 millions d’Ariary) 👉 et surtout… une dynamique incroyable
MISSAOUTRA. Merci aux donateurs particuliers. Merci aux établissements scolaires de la région Centre-Val de Loire qui se sont mobilisés durant la période Pascale. Grâce à vous , une idée devient réalité.
Le défi maintenant
Il nous reste 10 jours pour atteindre l’objectif de 6 500 €
Pas pour faire un chiffre. Mais pour franchir un cap symbolique : 👉 celui où le projet devient irréversible.
Ce que vous construisez concrètement
Le projet global prévoit : 🏫 20 salles de classe réparties en 4 bâtiments
Nous avons fait un choix fort : 👉 commencer maintenant 👉 avec un premier bâtiment de plusieurs salles de classe
Chaque promesse permet :
🧱 des murs qui protègent
🪟 des fenêtres qui éclairent
🚪 des portes qui sécurisent
📚 un lieu digne pour apprendre
🔥 Appel à mobilisation
👉 Vous avez déjà promis ? Continuez à partager 💬
👉 Vous hésitez encore ? Faites un pas. Un simple pas : PROMETTRE !
Il est des mots que l’on utilise souvent ou pas assez. Et puis, il y a ceux que l’on ressent profondément.
Aujourd’hui, depuis Ambohimahasoa, nous voulons simplement dire : merci à vous tous et à chacun(e) d’entre vous !
Un élan de générosité qui traverse les océans.
Il y a quelques mois encore, tout cela n’était qu’un souhait, une volonté, une demande. Aujourd’hui, ce sont des cartons empilés, des sourires qui éclatent, des enfants qui jouent, des jeunes qui lisent, des sœurs qui organisent, des regards qui brillent.
Sur le toit d’un véhicule, de nuit, sous la chaleur encore lourde de Madagascar, ces colis racontent une histoire. Une histoire de solidarité, une histoire de fraternité, une histoire d’humanité dans un monde de plus en plus chaotique.
Ce que vous avez offert n’est pas seulement du matériel, c’est un souffle venu de loin.
Des dons qui prennent vie ici
Vous avez offert :
du matériel de sport pour jouer, courir, partager… et déjà rêver à la Coupe du Monde de football 2026,
des dizaines de jeux de société pour apprendre autrement, rire ensemble,
des centaines de livres et dictionnaires pour ouvrir les esprits et nourrir les imaginaires,
des vêtements et chaussures par dizaines,
des crayons, des feutres par dizaines,
des gourmandises sucrées qui ont le goût de la fête,
des sweats par centaines, des casquettes,
des litres de peinture pour tableau,
et surtout, des messages pleins de chaleur humaine
Chaque objet trouve ici une utilité immédiate. Chaque objet devient une joie concrète. Il suffit de voir le nombre de personnes présentes, dès l’aube, dans la cour de la communauté pour solliciter un don.
Des visages, des sourires, une dignité renforcée
Dans les classes, les livres circulent. Sur le terrain, les ballons roulent. Dans les regards, quelque chose change.
Les enfants ne reçoivent pas seulement. Ils existent davantage.
Et dans cette fin de saison chaude, sous les 30 degrés encore bien présents, ces gestes simples apportent du réconfort, de la légèreté, de la dignité.
Une chaîne invisible mais essentielle
Derrière chaque don, il y a une main qui offre, une main qui reçoit. Derrière chaque colis, il y a une intention. Derrière chaque sourire ici, il y a vous.
Nous estimons cet élan à près de 10 000 €, soit environ 50 millions d’ariary. Mais la vérité est ailleurs : cela n’a pas de prix.
Un merci tout particulier à Anne, à Patrice et à l’entreprise TRANSPORAP
Nous voulons adresser une reconnaissance toute particulière à Anne et à Patrice.
Vous n’avez pas seulement aidé. Vous avez rendu possible cette générosité.
De Orléans à Ambohimahasoa, en passant par Le Havre, Tananarive et le port de Tamatave, durement touché par les cyclones, vous avez suivi, organisé, financé, porté cette logistique avec un savoir-faire professionnel.
Ce que nous voyons ici aujourd’hui, c’est aussi le fruit de votre engagement discret mais décisif.
Merci pour votre fidélité, votre énergie, votre cœur.
Au-delà des dons : une fraternité en acte
Ce que nous vivons ici dépasse largement la notion de don.
C’est une rencontre. C’est une communion. C’est une fraternité qui se construit, patiemment, concrètement.
Vous êtes ici. Dans chaque livre ouvert. Dans chaque ballon lancé. Dans chaque éclat de rire.
Et maintenant… continuer ensemble
Nous continuerons à partager, à raconter, à témoigner sur ensembleamadagascar.blog parce que ces gestes méritent d’être vus, compris, relayés.
Et parce que cette aventure, c’est la nôtre. C’est aussi la vôtre.
Merci, du fond du ❤️ Jean-Pierre & Bérangère ensembleamadagascar.blog
À 80 ans, Sœur Laurentine est l’une des mémoires vivantes de la congrégation des Sœurs de l’Assomption à Madagascar. Institutrice, missionnaire, responsable régionale (appelée aujourd’hui provinciale) pendant six ans, elle a traversé les grandes transformations du pays depuis les années 1970.
À Ambohimahasoa, ses longues prises de parole racontent une vie faite de fidélité, de service et de confiance.
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Dans la région de Fianarantsoa, certaines personnes surprennent plus que d’autres. Des rencontres donnent l’impression de traverser un morceau d’histoire. La rencontre avec Sœur Laurentine est de celles-là.
Sœur Laurentine parle avec simplicité, mais avec une mémoire étonnante. Les dates surgissent, précises, comme des balises sur le chemin de sa vie.
« – C’est peut-être le don que le Seigneur m’a donné », dit-elle en souriant. « – En tout cas, il ne m’a pas donné celui des maths ! », ajoute – t -elle en éclatant de rire.
Une vocation née très tôt.
Sœur Laurentine, originaire d’Ambositra, se souvient très bien du moment où elle a senti naître l’appel.
Elle avait douze ans, lors d’une « croisade eucharistique » aujourd’hui appelée « mouvement eucharistique des jeunes ». Dans sa région, les chrétiens pratiquants étaient peu nombreux. Très tôt, elle ressent le désir d’aider les communautés à prier et à vivre leur foi.
Il n’était pas possible de célébrer chaque dimanche la messe dans les villages isolés. Aussi, les communautés étaient – elles invitées à vivre un temps de communion spirituelle.
La foi était déjà au cœur de la vie familiale. Chaque soir, la famille se rassemblait pour prier. Une prière revenait souvent : celle pour la vocation des prêtres et des religieuses.
Un jour, une question s’est imposée à elle :
« On prie pour les vocations… mais faut-il attendre que quelqu’un d’autre y réponde ? »
Cette question deviendra un chemin de vie.
Une jeunesse marquée par la responsabilité.
Le chemin n’a pourtant pas été immédiat.
Alors qu’elle devait entrer dans la vie religieuse à dix-huit ans, sa maman, âgée de 41 ans, meurt en mettant au monde son dixième enfant.
Sœur Laurentine, l’aînée de la famille, devient alors la maman de substitution. Pendant deux ans, elle s’occupe de ses frères et de ses sœurs. Cette expérience marquera profondément sa vie.
Elle évoque aussi avec gratitude une femme du village qui s’occupait des jeunes filles missionnaires. Celle-ci l’a soutenue et accompagnée dans ces années difficiles devenant pour elle un précieux soutien.
Entrée à la communauté, elle sera invitée à reprendre ses études pour obtenir, après un premier échec, le brevet.
Elle se souvient des actions conduites auprès des jeunes pour vivre la charité : chaque jeune devait s’occuper d’un quartier pauvre ! Cet esprit de générosité augustinien l’a fortement imprégné.
L’épreuve des années 1972.
Lorsque Sœur Laurentine commence sa mission d’institutrice, Madagascar traverse les événements de 1972 (1). Le système scolaire est bouleversé et beaucoup de familles quittent les écoles catholiques.
Dans l’école où Sœur Laurentine enseigne, les effectifs passent brutalement de 320 élèves à 120. Face à cette situation, l’évêque demande aux religieuses d’aller visiter les villages pour rejoindre les enfants partis à l’école publique.
Commence alors une mission étonnante.
Chaque semaine, Sœur Laurentine part sur les routes, parfois à pied, parfois en taxi-brousse, portant un matériel de projection et, sur la tête, un groupe électrogène pour expliquer la catéchèse dans les villages.
Elle parcourra ainsi les campagnes pendant plusieurs années en attendant les enfants au pied de l’arbre.
Une mission auprès des jeunes.
Toute sa vie religieuse sera profondément marquée par la catéchèse et l’accompagnement des personnes et plus particulièrement les jeunes.
Elle s’engage notamment dans le Mouvement Eucharistique des Jeunes très présent dans ce diocèse fondé par les Jésuites, pionniers de l’Evangélisation, dit-elle.
L’empreinte des missionnaires Jésuites, dont celle du Père BERTIEUX (2) est très présente dans la réalisation de la mission de Sœur Laurentine avec une dévotion au Sacré Cœur de Jésus et l’apostolat de la prière.
Dans les villages, elle accompagne les enfants, puis les jeunes couples lorsqu’ils se marient, dans une spiritualité inspirée par l’esprit ignatien.
La mission n’est pas seulement religieuse : elle est aussi éducative et sociale.
Une responsable qui ne se sentait pas prête.
Un jour pourtant, une demande inattendue lui est faite : devenir responsable régionale de la congrégation à Madagascar.
Sa première réaction sera de refuser.
« – Je n’ai jamais pensé à cela », raconte-t-elle. « Je ne suis pas à la hauteur. »
La supérieure générale et sœur Laurentine se quittent et vont chacune, à la demande de la supérieure, se donner le temps de la prière pour discerner.
Deux jours plus tard, avec une volonté de disponibilité aux demandes du Seigneur, elle accepte.
Elle assumera cette responsabilité pendant six années.
Une fidélité aux racines
Dans son parcours de vie religieuse, elle a vécu la fusion entre la congrégation des sœurs Augustines et celle des sœurs de l’Assomption. Fusion qui a été précédée de temps d’immersion dans différentes communautés pour de nombreuses sœurs.
Durant ces différentes missions, Sœur Laurentine a découvert la France et est même passée par Issoudun, ville mondialement connue … des Berrichons et encore plus après ces dernières élections municipales.
Pour elle, peu d’hésitation, la spiritualité de l’Assomption plonge ses racines dans la tradition augustinienne :
« – Chez les Augustines, on parlait de communion fraternelle. À l’Assomption, on parle d’esprit de famille. »
« Soyez heureuses du choix que vous avez fait ».
Quels conseils donnerait-elle aujourd’hui aux jeunes religieuses ?
Sa réponse est simple et profonde. D’abord, être heureuses du choix qu’elles ont fait. Ensuite, rester disponibles à ce que Dieu demande à travers les responsables de la communauté.
« – Quand on a bien discerné sa vocation, il ne faut pas regretter. Il faut rendre grâce. »
Simplicité, souci des pauvres, sens spirituel, tels seraient les mots offerts aux postulantes.
La quête de l’eau.
Parmi les œuvres réalisées qui lui tiennent le plus à cœur, il y a une réalisation très concrète : l’arrivée de l’eau courante à Ambohimahasoa.
Pendant longtemps, les élèves et les sœurs devaient aller chercher l’eau en portant les lourds bidons jaunes.
Dans les années 1990, avec le soutien d’une O.N.G et l’appui du sous-chef de district, un projet de canalisation réalisé à la seule force des bras d’une distance de neuf kilomètres est lancé.
Mais le combat n’est jamais totalement terminé.
Aujourd’hui encore, la communauté doit défendre le droit de propriété de la source face à certaines pressions politiques. Toute la ville d’Ambohimahasoa ne bénéficie pas encore d’une eau courante de qualité.
« Les petites gens ont travaillé pendant deux ans pour ramasser les matériaux et construire le réseau », rappelle-t-elle, « – il faut respecter l’histoire et l’œuvre accomplie »
Pour elle, cette eau représente bien plus qu’un équipement : c’est une question de justice.
Un regard inquiet sur l’avenir.
Quand elle parle de Madagascar d’aujourd’hui, son regard devient plus grave, elle observe un appauvrissement progressif du pays, à la fois matériel et spirituel.
Depuis les événements de 1972, dit-elle, les structures éducatives et religieuses ont profondément changé. « – Autrefois, l’apprentissage de la lecture passait par la lecture des textes du Dimanche. On lisait chaque jour un début de texte du nouveau testament pour apprendre à lire. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes connaissent moins les racines de la foi. »
Et sur l’avenir du pays, dont elle rappelle que 80 % de la population est paysanne, elle confie avec franchise :
« –L’avenir me parait sombre… mais il faudrait que quelque chose change et avoir le souci du bien commun ! »
« Je suis fière d’être moi-même. »
À la fin de la conversation, une phrase résume peut-être toute sa vie. Quand on lui demande ce dont elle est la plus fière, elle répond simplement :
« – Je suis fière d’être moi-même. »
Elle explique qu’elle a toujours essayé d’accueillir les événements tels qu’ils venaient, en faisant confiance à Dieu.
Et lorsqu’elle regarde le chemin parcouru, elle dit simplement :
« – Je rends grâce. »
Sur les collines de Fianarantsoa, Sœur Laurentine continue aujourd’hui de transmettre auprès des novices la mémoire d’une congrégation missionnaire, simple et proche des pauvres.
Une mémoire précieuse pour celles et ceux qui poursuivent la route.
Merci Sœur Laurentine pour cette rencontre et la réflexion ouverte et offerte.
(1) Les événements politiques, une révolution populaire majeure, dite « Mai 72 » ou « ROTAKA », marquée par des grèves étudiantes et des manifestations massives contre le régime néocolonial du président Tsiranana, entraînent une transformation radicale du système scolaire.
(2) Saint Jacques Berthieu (1838-1896) est un prêtre jésuite français, missionnaire à Madagascar, considéré comme le premier martyr de l’île. Canonisé en 2012 par Benoît XVI, il est resté fidèle à sa foi malgré la rébellion des Menalamba en 1896, refusant d’apostasier avant d’être exécuté.
Il y a des projets qui naissent dans un carnet. D’autres dans une conversation. Et puis il y a ceux qui prennent vie… grâce à vous.
🎯 Le palier 1 est atteint. Et même dépassé. Avec 5 050 € de promesses de dons, réunis 5 jours avant la date annoncée, une première pierre – bien réelle celle-ci – est posée pour l’école de Mahazoarivo.
Ce chiffre, au-delà de sa valeur, raconte une histoire : celle d’une mobilisation, d’un élan collectif, d’une confiance partagée.
Merci à tous les “prometteurs” Chacun, à sa manière, a tracé une ligne sur ce grand dessin commun. Une mention particulière aux élèves du cours Saint Charles d’Orléans, dont la promesse de 1 500 € donne une belle leçon de solidarité et d’engagement.
Un nouveau cap : le palier 2
Mais ici, rien ne s’arrête. Au contraire, tout commence.
🎯 Objectif : 10 000 €
Ce nouveau palier permettra de rendre le projet encore plus concret :
🏫 construire une salle de classe supplémentaire
🚻 installer un bloc sanitaire (4 latrines)
🪑 équiper l’école pour accueillir dignement les élèves
Chaque euro devient un mur. Chaque promesse devient une porte. Chaque geste devient un avenir.
Une école qui se dessine… ensemble
À Mahazoarivo, les enfants attendent. Ils attendent un lieu pour apprendre, pour grandir, pour rêver.
Ce projet, ce n’est pas seulement une construction. C’est une rencontre entre des volontés, entre ici et là-bas, entre ceux qui donnent et ceux qui espèrent.
📅 Nouvelle date butoir : 20 avril 2026
D’ici là, tout reste possible. Parce que ce projet ne repose pas sur un seul geste… Mais sur une multitude de petits “oui”.
✨ Dessine-moi une école… et elle apparaîtra. ✨ Continuez à dessiner avec nous.
Après les Sirènes de MANAKARA et les Sorcières de la Nuit …Dernier épisode sur les CROYANCES : VIVRE avec les ANCETRES !
« Ce n’est pas la croyance qui pose question, c’est l’oubli que nous en avons. Nous voyons celles des autres ; nous ignorons souvent les nôtres. »
ensembleamadagascar.blog
Razana, fady : c’est tous les jours le 02 novembre !
Au cœur de ces récits sur les croyances à MADAGASCAR se trouve une constante : la présence des razana, les ancêtres. Ils ne sont pas relégués au passé. Ils observent, protègent, sanctionnent parfois. Ils sont des médiateurs entre les humains et le divin.
Les fady, ces tabous coutumiers, souvent incompris de l’extérieur, s’inscrivent dans cette logique. Ils structurent le quotidien, rappellent les limites, protègent l’équilibre fragile entre les mondes.
Il est riche d’écouter le récit des autochtones sur la place des morts dans la vie.
Au cœur des traditions malgaches se trouve le culte des ancêtres, appelés razana. Dans l’imaginaire local, ces ancêtres ne sont pas des figures lointaines, mais des protecteurs actifs du monde des vivants. Ils sont perçus comme des intermédiaires entre les humains et le divin, capables de favoriser ou d’entraver les événements profanes.
Cette continuité entre les vivants et les morts se manifeste dans des pratiques rituelles, comme le famadihana – le retournement des morts – symbole fort du lien avec les ancêtres qui viennent légitimer la mémoire familiale et renforcer les liens sociaux. Il n’est pas besoin de jour dédié aux morts ! Ils sont toujours présents.
Univers spirituel et christianisme : une coexistence féconde
À Madagascar, les croyances traditionnelles ne s’opposent pas au christianisme. Elles cohabitent, on peut croire en un Dieu et respecter les fady, prier et croire aux ancêtres, espérer en un seul Dieu créateur et craindre la mer.
Il nous semble que l’Église catholique n’a jamais demandé aux peuples d’abandonner leur culture pour croire.
« Vos mythes, vos récits, vos rites ne sont pas des superstitions à effacer, mais des chemins de sens à écouter. » Pape François (2019)
Elle invite au dialogue, au discernement, à une purification patiente de ce qui fait vivre. À Madagascar, la foi chrétienne ne s’est pas greffée sur un désert spirituel, mais sur une terre déjà habitée de sens, de respect des ancêtres et de relation au sacré.
Ce syncrétisme, mélange hybride de traditions religieuses différentes, souvent mal compris par les vazas, témoigne d’une spiritualité souple, incarnée, enracinée dans l’expérience vécue plus que dans les dogmes.
Accueillir sans juger
Les sirènes de Manakara, les sorcières de la nuit, la présence des ancêtres disparus : ces récits nous rappellent que croire, ici, n’est pas une naïveté. C’est une manière d’habiter le monde avec prudence, respect et humilité.
Accueillir ces croyances sans jugement, c’est peut-être accepter que tout ne se mesure pas, ne s’explique pas, ne se prouve pas.
C’est reconnaître que le réel est parfois plus vaste que nos certitudes. Toutefois, il apparait important de distinguer la valeur culturelle et sociale d’une croyance et sa vérité factuelle. Les sirènes de l’océan indien ne sont pas biologiquement attestées mais leur existence symbolique est socialement réelle.
L’anthropologie ne commence pas par juger une croyance, elle commence par l’observer.
Face aux sirènes de Manakara, aux mpamosavy ou aux fady, la question n’est pas :
« Est-ce vrai ? » La question devient :
« Que produit cette croyance dans la société ? »
Dans de nombreuses cultures, les récits d’esprits marins ou de forces invisibles servent à réguler les comportements face à des environnements dangereux. La mer n’est pas seulement un paysage : elle devient un sujet moral. Lui attribuer une intention, c’est rappeler qu’on ne s’y aventure pas sans prudence.
Les fady, souvent perçus comme de simples interdits, structurent en réalité l’équilibre collectif. Ils rappellent que tout n’est pas permis, que certains lieux ou gestes sont chargés de sacré. Ils participent à la cohésion sociale et, parfois, à une forme de protection écologique implicite.
Quant au culte des razana, il assure la continuité entre les générations. Les ancêtres ne sont pas seulement honorés : ils fondent l’identité, légitiment l’autorité et consolident l’unité et la mémoire familiale. La croyance devient ici un mécanisme puissant de transmission.
L’anthropologie montre ainsi que les croyances ne sont pas des survivances du passé. Elles sont des systèmes symboliques organisateurs. Elles donnent du sens à l’incertitude, encadrent les conduites et relient les individus à un ordre plus vaste qu’eux.
Comprendre cela ne signifie pas suspendre l’esprit critique. Cela signifie reconnaître que toute société – y compris la nôtre – repose sur des représentations partagées qui orientent les comportements.
La question n’est peut-être pas seulement : « Pourquoi croient-ils ? ». Mais aussi : « À quoi croyons-nous, nous aussi, sans toujours le voir ? »
Un équilibre dynamique
Les croyances à Madagascar ne sont donc pas de simples vestiges du passé : elles sont des forces vivantes, profondément ancrées dans le quotidien, dans les relations familiales, dans les décisions sociales et même dans l’attitude envers l’environnement naturel. Elles rappellent que la spiritualité malgache ne sépare pas facilement le sacré du profane, mais préfère une vision du monde où l’humain, la nature, les ancêtres et le divin sont liés dans un dialogue permanent.
À Madagascar, croire ne consiste pas à expliquer le monde, mais à vivre en relation avec lui. Peut-être est-ce là une sagesse que nos sociétés pressées ont désapprise : accepter que tout ne se maîtrise pas, que tout ne se prouve pas, et que l’invisible, parfois, nous éduque à l’humilité, valeur qui ne me parait pas familière.
Croire ou comprendre ?
Faut-il choisir entre croire et comprendre ? La question surgit souvent lorsque l’on rencontre des univers spirituels différents du sien.
Croire ne signifie pas renoncer à penser. Comprendre ne signifie pas mépriser.
Nous avons parfois tendance à opposer foi et raison, tradition et rationalité, invisible et science. À Madagascar, le monde ne se divise pas facilement entre ce qui serait strictement prouvable et ce qui relèverait du mythe. Il se vit dans une relation continue entre visible et invisible.
Le rationalisme occidental a produit des avancées immenses. Il faut s’en réjouir. Il permet de soigner, de construire, de prévoir. Mais il n’a pas le monopole du réel. Il éclaire une part du monde, pas sa totalité. Les récits, les symboles, les rites éclairent une autre dimension : celle du sens, du lien, de la mémoire.
Cependant, reconnaître la valeur d’un récit ne revient pas à le confondre avec une preuve. Le symbole n’est pas une démonstration scientifique. La tradition n’est pas un argument d’autorité absolu. Apprendre à habiter cette tension demande finesse et discernement.
Peut-être que l’enjeu n’est pas de « ramollir » les croyances, ni de les imposer, mais d’apprendre à les questionner sans les briser. À les écouter sans s’y soumettre aveuglément. À les respecter sans renoncer à l’esprit critique.
Croire ou comprendre ? Et si la véritable maturité consistait à tenir les deux ensembles, sans arrogance et sans naïveté ?Haut du formulaire