6 500 € en 10 jours : et si on terminait ensemble ce que nous avons commencé ?
Courant novembre 2025, ensembleamadagascar vous a invités à dessiner une école pour MAJORIVE là où il n’y avait que du fragile.
Aujourd’hui… 👉 6 204 € de promesses reçues (plus de 30 millions d’Ariary) 👉 et surtout… une dynamique incroyable
MISSAOUTRA. Merci aux donateurs particuliers. Merci aux établissements scolaires de la région Centre-Val de Loire qui se sont mobilisés durant la période Pascale. Grâce à vous , une idée devient réalité.
Le défi maintenant
Il nous reste 10 jours pour atteindre l’objectif de 6 500 €
Pas pour faire un chiffre. Mais pour franchir un cap symbolique : 👉 celui où le projet devient irréversible.
Ce que vous construisez concrètement
Le projet global prévoit : 🏫 20 salles de classe réparties en 4 bâtiments
Nous avons fait un choix fort : 👉 commencer maintenant 👉 avec un premier bâtiment de plusieurs salles de classe
Chaque promesse permet :
🧱 des murs qui protègent
🪟 des fenêtres qui éclairent
🚪 des portes qui sécurisent
📚 un lieu digne pour apprendre
🔥 Appel à mobilisation
👉 Vous avez déjà promis ? Continuez à partager 💬
👉 Vous hésitez encore ? Faites un pas. Un simple pas : PROMETTRE !
Il est des mots que l’on utilise souvent ou pas assez. Et puis, il y a ceux que l’on ressent profondément.
Aujourd’hui, depuis Ambohimahasoa, nous voulons simplement dire : merci à vous tous et à chacun(e) d’entre vous !
Un élan de générosité qui traverse les océans.
Il y a quelques mois encore, tout cela n’était qu’un souhait, une volonté, une demande. Aujourd’hui, ce sont des cartons empilés, des sourires qui éclatent, des enfants qui jouent, des jeunes qui lisent, des sœurs qui organisent, des regards qui brillent.
Sur le toit d’un véhicule, de nuit, sous la chaleur encore lourde de Madagascar, ces colis racontent une histoire. Une histoire de solidarité, une histoire de fraternité, une histoire d’humanité dans un monde de plus en plus chaotique.
Ce que vous avez offert n’est pas seulement du matériel, c’est un souffle venu de loin.
Des dons qui prennent vie ici
Vous avez offert :
du matériel de sport pour jouer, courir, partager… et déjà rêver à la Coupe du Monde de football 2026,
des dizaines de jeux de société pour apprendre autrement, rire ensemble,
des centaines de livres et dictionnaires pour ouvrir les esprits et nourrir les imaginaires,
des vêtements et chaussures par dizaines,
des crayons, des feutres par dizaines,
des gourmandises sucrées qui ont le goût de la fête,
des sweats par centaines, des casquettes,
des litres de peinture pour tableau,
et surtout, des messages pleins de chaleur humaine
Chaque objet trouve ici une utilité immédiate. Chaque objet devient une joie concrète. Il suffit de voir le nombre de personnes présentes, dès l’aube, dans la cour de la communauté pour solliciter un don.
Des visages, des sourires, une dignité renforcée
Dans les classes, les livres circulent. Sur le terrain, les ballons roulent. Dans les regards, quelque chose change.
Les enfants ne reçoivent pas seulement. Ils existent davantage.
Et dans cette fin de saison chaude, sous les 30 degrés encore bien présents, ces gestes simples apportent du réconfort, de la légèreté, de la dignité.
Une chaîne invisible mais essentielle
Derrière chaque don, il y a une main qui offre, une main qui reçoit. Derrière chaque colis, il y a une intention. Derrière chaque sourire ici, il y a vous.
Nous estimons cet élan à près de 10 000 €, soit environ 50 millions d’ariary. Mais la vérité est ailleurs : cela n’a pas de prix.
Un merci tout particulier à Anne, à Patrice et à l’entreprise TRANSPORAP
Nous voulons adresser une reconnaissance toute particulière à Anne et à Patrice.
Vous n’avez pas seulement aidé. Vous avez rendu possible cette générosité.
De Orléans à Ambohimahasoa, en passant par Le Havre, Tananarive et le port de Tamatave, durement touché par les cyclones, vous avez suivi, organisé, financé, porté cette logistique avec un savoir-faire professionnel.
Ce que nous voyons ici aujourd’hui, c’est aussi le fruit de votre engagement discret mais décisif.
Merci pour votre fidélité, votre énergie, votre cœur.
Au-delà des dons : une fraternité en acte
Ce que nous vivons ici dépasse largement la notion de don.
C’est une rencontre. C’est une communion. C’est une fraternité qui se construit, patiemment, concrètement.
Vous êtes ici. Dans chaque livre ouvert. Dans chaque ballon lancé. Dans chaque éclat de rire.
Et maintenant… continuer ensemble
Nous continuerons à partager, à raconter, à témoigner sur ensembleamadagascar.blog parce que ces gestes méritent d’être vus, compris, relayés.
Et parce que cette aventure, c’est la nôtre. C’est aussi la vôtre.
Merci, du fond du ❤️ Jean-Pierre & Bérangère ensembleamadagascar.blog
À 80 ans, Sœur Laurentine est l’une des mémoires vivantes de la congrégation des Sœurs de l’Assomption à Madagascar. Institutrice, missionnaire, responsable régionale (appelée aujourd’hui provinciale) pendant six ans, elle a traversé les grandes transformations du pays depuis les années 1970.
À Ambohimahasoa, ses longues prises de parole racontent une vie faite de fidélité, de service et de confiance.
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Dans la région de Fianarantsoa, certaines personnes surprennent plus que d’autres. Des rencontres donnent l’impression de traverser un morceau d’histoire. La rencontre avec Sœur Laurentine est de celles-là.
Sœur Laurentine parle avec simplicité, mais avec une mémoire étonnante. Les dates surgissent, précises, comme des balises sur le chemin de sa vie.
« – C’est peut-être le don que le Seigneur m’a donné », dit-elle en souriant. « – En tout cas, il ne m’a pas donné celui des maths ! », ajoute – t -elle en éclatant de rire.
Une vocation née très tôt.
Sœur Laurentine, originaire d’Ambositra, se souvient très bien du moment où elle a senti naître l’appel.
Elle avait douze ans, lors d’une « croisade eucharistique » aujourd’hui appelée « mouvement eucharistique des jeunes ». Dans sa région, les chrétiens pratiquants étaient peu nombreux. Très tôt, elle ressent le désir d’aider les communautés à prier et à vivre leur foi.
Il n’était pas possible de célébrer chaque dimanche la messe dans les villages isolés. Aussi, les communautés étaient – elles invitées à vivre un temps de communion spirituelle.
La foi était déjà au cœur de la vie familiale. Chaque soir, la famille se rassemblait pour prier. Une prière revenait souvent : celle pour la vocation des prêtres et des religieuses.
Un jour, une question s’est imposée à elle :
« On prie pour les vocations… mais faut-il attendre que quelqu’un d’autre y réponde ? »
Cette question deviendra un chemin de vie.
Une jeunesse marquée par la responsabilité.
Le chemin n’a pourtant pas été immédiat.
Alors qu’elle devait entrer dans la vie religieuse à dix-huit ans, sa maman, âgée de 41 ans, meurt en mettant au monde son dixième enfant.
Sœur Laurentine, l’aînée de la famille, devient alors la maman de substitution. Pendant deux ans, elle s’occupe de ses frères et de ses sœurs. Cette expérience marquera profondément sa vie.
Elle évoque aussi avec gratitude une femme du village qui s’occupait des jeunes filles missionnaires. Celle-ci l’a soutenue et accompagnée dans ces années difficiles devenant pour elle un précieux soutien.
Entrée à la communauté, elle sera invitée à reprendre ses études pour obtenir, après un premier échec, le brevet.
Elle se souvient des actions conduites auprès des jeunes pour vivre la charité : chaque jeune devait s’occuper d’un quartier pauvre ! Cet esprit de générosité augustinien l’a fortement imprégné.
L’épreuve des années 1972.
Lorsque Sœur Laurentine commence sa mission d’institutrice, Madagascar traverse les événements de 1972 (1). Le système scolaire est bouleversé et beaucoup de familles quittent les écoles catholiques.
Dans l’école où Sœur Laurentine enseigne, les effectifs passent brutalement de 320 élèves à 120. Face à cette situation, l’évêque demande aux religieuses d’aller visiter les villages pour rejoindre les enfants partis à l’école publique.
Commence alors une mission étonnante.
Chaque semaine, Sœur Laurentine part sur les routes, parfois à pied, parfois en taxi-brousse, portant un matériel de projection et, sur la tête, un groupe électrogène pour expliquer la catéchèse dans les villages.
Elle parcourra ainsi les campagnes pendant plusieurs années en attendant les enfants au pied de l’arbre.
Une mission auprès des jeunes.
Toute sa vie religieuse sera profondément marquée par la catéchèse et l’accompagnement des personnes et plus particulièrement les jeunes.
Elle s’engage notamment dans le Mouvement Eucharistique des Jeunes très présent dans ce diocèse fondé par les Jésuites, pionniers de l’Evangélisation, dit-elle.
L’empreinte des missionnaires Jésuites, dont celle du Père BERTIEUX (2) est très présente dans la réalisation de la mission de Sœur Laurentine avec une dévotion au Sacré Cœur de Jésus et l’apostolat de la prière.
Dans les villages, elle accompagne les enfants, puis les jeunes couples lorsqu’ils se marient, dans une spiritualité inspirée par l’esprit ignatien.
La mission n’est pas seulement religieuse : elle est aussi éducative et sociale.
Une responsable qui ne se sentait pas prête.
Un jour pourtant, une demande inattendue lui est faite : devenir responsable régionale de la congrégation à Madagascar.
Sa première réaction sera de refuser.
« – Je n’ai jamais pensé à cela », raconte-t-elle. « Je ne suis pas à la hauteur. »
La supérieure générale et sœur Laurentine se quittent et vont chacune, à la demande de la supérieure, se donner le temps de la prière pour discerner.
Deux jours plus tard, avec une volonté de disponibilité aux demandes du Seigneur, elle accepte.
Elle assumera cette responsabilité pendant six années.
Une fidélité aux racines
Dans son parcours de vie religieuse, elle a vécu la fusion entre la congrégation des sœurs Augustines et celle des sœurs de l’Assomption. Fusion qui a été précédée de temps d’immersion dans différentes communautés pour de nombreuses sœurs.
Durant ces différentes missions, Sœur Laurentine a découvert la France et est même passée par Issoudun, ville mondialement connue … des Berrichons et encore plus après ces dernières élections municipales.
Pour elle, peu d’hésitation, la spiritualité de l’Assomption plonge ses racines dans la tradition augustinienne :
« – Chez les Augustines, on parlait de communion fraternelle. À l’Assomption, on parle d’esprit de famille. »
« Soyez heureuses du choix que vous avez fait ».
Quels conseils donnerait-elle aujourd’hui aux jeunes religieuses ?
Sa réponse est simple et profonde. D’abord, être heureuses du choix qu’elles ont fait. Ensuite, rester disponibles à ce que Dieu demande à travers les responsables de la communauté.
« – Quand on a bien discerné sa vocation, il ne faut pas regretter. Il faut rendre grâce. »
Simplicité, souci des pauvres, sens spirituel, tels seraient les mots offerts aux postulantes.
La quête de l’eau.
Parmi les œuvres réalisées qui lui tiennent le plus à cœur, il y a une réalisation très concrète : l’arrivée de l’eau courante à Ambohimahasoa.
Pendant longtemps, les élèves et les sœurs devaient aller chercher l’eau en portant les lourds bidons jaunes.
Dans les années 1990, avec le soutien d’une O.N.G et l’appui du sous-chef de district, un projet de canalisation réalisé à la seule force des bras d’une distance de neuf kilomètres est lancé.
Mais le combat n’est jamais totalement terminé.
Aujourd’hui encore, la communauté doit défendre le droit de propriété de la source face à certaines pressions politiques. Toute la ville d’Ambohimahasoa ne bénéficie pas encore d’une eau courante de qualité.
« Les petites gens ont travaillé pendant deux ans pour ramasser les matériaux et construire le réseau », rappelle-t-elle, « – il faut respecter l’histoire et l’œuvre accomplie »
Pour elle, cette eau représente bien plus qu’un équipement : c’est une question de justice.
Un regard inquiet sur l’avenir.
Quand elle parle de Madagascar d’aujourd’hui, son regard devient plus grave, elle observe un appauvrissement progressif du pays, à la fois matériel et spirituel.
Depuis les événements de 1972, dit-elle, les structures éducatives et religieuses ont profondément changé. « – Autrefois, l’apprentissage de la lecture passait par la lecture des textes du Dimanche. On lisait chaque jour un début de texte du nouveau testament pour apprendre à lire. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes connaissent moins les racines de la foi. »
Et sur l’avenir du pays, dont elle rappelle que 80 % de la population est paysanne, elle confie avec franchise :
« –L’avenir me parait sombre… mais il faudrait que quelque chose change et avoir le souci du bien commun ! »
« Je suis fière d’être moi-même. »
À la fin de la conversation, une phrase résume peut-être toute sa vie. Quand on lui demande ce dont elle est la plus fière, elle répond simplement :
« – Je suis fière d’être moi-même. »
Elle explique qu’elle a toujours essayé d’accueillir les événements tels qu’ils venaient, en faisant confiance à Dieu.
Et lorsqu’elle regarde le chemin parcouru, elle dit simplement :
« – Je rends grâce. »
Sur les collines de Fianarantsoa, Sœur Laurentine continue aujourd’hui de transmettre auprès des novices la mémoire d’une congrégation missionnaire, simple et proche des pauvres.
Une mémoire précieuse pour celles et ceux qui poursuivent la route.
Merci Sœur Laurentine pour cette rencontre et la réflexion ouverte et offerte.
(1) Les événements politiques, une révolution populaire majeure, dite « Mai 72 » ou « ROTAKA », marquée par des grèves étudiantes et des manifestations massives contre le régime néocolonial du président Tsiranana, entraînent une transformation radicale du système scolaire.
(2) Saint Jacques Berthieu (1838-1896) est un prêtre jésuite français, missionnaire à Madagascar, considéré comme le premier martyr de l’île. Canonisé en 2012 par Benoît XVI, il est resté fidèle à sa foi malgré la rébellion des Menalamba en 1896, refusant d’apostasier avant d’être exécuté.
Il y a des projets qui naissent dans un carnet. D’autres dans une conversation. Et puis il y a ceux qui prennent vie… grâce à vous.
🎯 Le palier 1 est atteint. Et même dépassé. Avec 5 050 € de promesses de dons, réunis 5 jours avant la date annoncée, une première pierre – bien réelle celle-ci – est posée pour l’école de Mahazoarivo.
Ce chiffre, au-delà de sa valeur, raconte une histoire : celle d’une mobilisation, d’un élan collectif, d’une confiance partagée.
Merci à tous les “prometteurs” Chacun, à sa manière, a tracé une ligne sur ce grand dessin commun. Une mention particulière aux élèves du cours Saint Charles d’Orléans, dont la promesse de 1 500 € donne une belle leçon de solidarité et d’engagement.
Un nouveau cap : le palier 2
Mais ici, rien ne s’arrête. Au contraire, tout commence.
🎯 Objectif : 10 000 €
Ce nouveau palier permettra de rendre le projet encore plus concret :
🏫 construire une salle de classe supplémentaire
🚻 installer un bloc sanitaire (4 latrines)
🪑 équiper l’école pour accueillir dignement les élèves
Chaque euro devient un mur. Chaque promesse devient une porte. Chaque geste devient un avenir.
Une école qui se dessine… ensemble
À Mahazoarivo, les enfants attendent. Ils attendent un lieu pour apprendre, pour grandir, pour rêver.
Ce projet, ce n’est pas seulement une construction. C’est une rencontre entre des volontés, entre ici et là-bas, entre ceux qui donnent et ceux qui espèrent.
📅 Nouvelle date butoir : 20 avril 2026
D’ici là, tout reste possible. Parce que ce projet ne repose pas sur un seul geste… Mais sur une multitude de petits “oui”.
✨ Dessine-moi une école… et elle apparaîtra. ✨ Continuez à dessiner avec nous.
Après les Sirènes de MANAKARA et les Sorcières de la Nuit …Dernier épisode sur les CROYANCES : VIVRE avec les ANCETRES !
« Ce n’est pas la croyance qui pose question, c’est l’oubli que nous en avons. Nous voyons celles des autres ; nous ignorons souvent les nôtres. »
ensembleamadagascar.blog
Razana, fady : c’est tous les jours le 02 novembre !
Au cœur de ces récits sur les croyances à MADAGASCAR se trouve une constante : la présence des razana, les ancêtres. Ils ne sont pas relégués au passé. Ils observent, protègent, sanctionnent parfois. Ils sont des médiateurs entre les humains et le divin.
Les fady, ces tabous coutumiers, souvent incompris de l’extérieur, s’inscrivent dans cette logique. Ils structurent le quotidien, rappellent les limites, protègent l’équilibre fragile entre les mondes.
Il est riche d’écouter le récit des autochtones sur la place des morts dans la vie.
Au cœur des traditions malgaches se trouve le culte des ancêtres, appelés razana. Dans l’imaginaire local, ces ancêtres ne sont pas des figures lointaines, mais des protecteurs actifs du monde des vivants. Ils sont perçus comme des intermédiaires entre les humains et le divin, capables de favoriser ou d’entraver les événements profanes.
Cette continuité entre les vivants et les morts se manifeste dans des pratiques rituelles, comme le famadihana – le retournement des morts – symbole fort du lien avec les ancêtres qui viennent légitimer la mémoire familiale et renforcer les liens sociaux. Il n’est pas besoin de jour dédié aux morts ! Ils sont toujours présents.
Univers spirituel et christianisme : une coexistence féconde
À Madagascar, les croyances traditionnelles ne s’opposent pas au christianisme. Elles cohabitent, on peut croire en un Dieu et respecter les fady, prier et croire aux ancêtres, espérer en un seul Dieu créateur et craindre la mer.
Il nous semble que l’Église catholique n’a jamais demandé aux peuples d’abandonner leur culture pour croire.
« Vos mythes, vos récits, vos rites ne sont pas des superstitions à effacer, mais des chemins de sens à écouter. » Pape François (2019)
Elle invite au dialogue, au discernement, à une purification patiente de ce qui fait vivre. À Madagascar, la foi chrétienne ne s’est pas greffée sur un désert spirituel, mais sur une terre déjà habitée de sens, de respect des ancêtres et de relation au sacré.
Ce syncrétisme, mélange hybride de traditions religieuses différentes, souvent mal compris par les vazas, témoigne d’une spiritualité souple, incarnée, enracinée dans l’expérience vécue plus que dans les dogmes.
Accueillir sans juger
Les sirènes de Manakara, les sorcières de la nuit, la présence des ancêtres disparus : ces récits nous rappellent que croire, ici, n’est pas une naïveté. C’est une manière d’habiter le monde avec prudence, respect et humilité.
Accueillir ces croyances sans jugement, c’est peut-être accepter que tout ne se mesure pas, ne s’explique pas, ne se prouve pas.
C’est reconnaître que le réel est parfois plus vaste que nos certitudes. Toutefois, il apparait important de distinguer la valeur culturelle et sociale d’une croyance et sa vérité factuelle. Les sirènes de l’océan indien ne sont pas biologiquement attestées mais leur existence symbolique est socialement réelle.
L’anthropologie ne commence pas par juger une croyance, elle commence par l’observer.
Face aux sirènes de Manakara, aux mpamosavy ou aux fady, la question n’est pas :
« Est-ce vrai ? » La question devient :
« Que produit cette croyance dans la société ? »
Dans de nombreuses cultures, les récits d’esprits marins ou de forces invisibles servent à réguler les comportements face à des environnements dangereux. La mer n’est pas seulement un paysage : elle devient un sujet moral. Lui attribuer une intention, c’est rappeler qu’on ne s’y aventure pas sans prudence.
Les fady, souvent perçus comme de simples interdits, structurent en réalité l’équilibre collectif. Ils rappellent que tout n’est pas permis, que certains lieux ou gestes sont chargés de sacré. Ils participent à la cohésion sociale et, parfois, à une forme de protection écologique implicite.
Quant au culte des razana, il assure la continuité entre les générations. Les ancêtres ne sont pas seulement honorés : ils fondent l’identité, légitiment l’autorité et consolident l’unité et la mémoire familiale. La croyance devient ici un mécanisme puissant de transmission.
L’anthropologie montre ainsi que les croyances ne sont pas des survivances du passé. Elles sont des systèmes symboliques organisateurs. Elles donnent du sens à l’incertitude, encadrent les conduites et relient les individus à un ordre plus vaste qu’eux.
Comprendre cela ne signifie pas suspendre l’esprit critique. Cela signifie reconnaître que toute société – y compris la nôtre – repose sur des représentations partagées qui orientent les comportements.
La question n’est peut-être pas seulement : « Pourquoi croient-ils ? ». Mais aussi : « À quoi croyons-nous, nous aussi, sans toujours le voir ? »
Un équilibre dynamique
Les croyances à Madagascar ne sont donc pas de simples vestiges du passé : elles sont des forces vivantes, profondément ancrées dans le quotidien, dans les relations familiales, dans les décisions sociales et même dans l’attitude envers l’environnement naturel. Elles rappellent que la spiritualité malgache ne sépare pas facilement le sacré du profane, mais préfère une vision du monde où l’humain, la nature, les ancêtres et le divin sont liés dans un dialogue permanent.
À Madagascar, croire ne consiste pas à expliquer le monde, mais à vivre en relation avec lui. Peut-être est-ce là une sagesse que nos sociétés pressées ont désapprise : accepter que tout ne se maîtrise pas, que tout ne se prouve pas, et que l’invisible, parfois, nous éduque à l’humilité, valeur qui ne me parait pas familière.
Croire ou comprendre ?
Faut-il choisir entre croire et comprendre ? La question surgit souvent lorsque l’on rencontre des univers spirituels différents du sien.
Croire ne signifie pas renoncer à penser. Comprendre ne signifie pas mépriser.
Nous avons parfois tendance à opposer foi et raison, tradition et rationalité, invisible et science. À Madagascar, le monde ne se divise pas facilement entre ce qui serait strictement prouvable et ce qui relèverait du mythe. Il se vit dans une relation continue entre visible et invisible.
Le rationalisme occidental a produit des avancées immenses. Il faut s’en réjouir. Il permet de soigner, de construire, de prévoir. Mais il n’a pas le monopole du réel. Il éclaire une part du monde, pas sa totalité. Les récits, les symboles, les rites éclairent une autre dimension : celle du sens, du lien, de la mémoire.
Cependant, reconnaître la valeur d’un récit ne revient pas à le confondre avec une preuve. Le symbole n’est pas une démonstration scientifique. La tradition n’est pas un argument d’autorité absolu. Apprendre à habiter cette tension demande finesse et discernement.
Peut-être que l’enjeu n’est pas de « ramollir » les croyances, ni de les imposer, mais d’apprendre à les questionner sans les briser. À les écouter sans s’y soumettre aveuglément. À les respecter sans renoncer à l’esprit critique.
Croire ou comprendre ? Et si la véritable maturité consistait à tenir les deux ensembles, sans arrogance et sans naïveté ?Haut du formulaire
Chronique de 15 jours ordinaires pour une mission extraordinaire.
Tout a commencé par un moment très important à AMBOHIMAHASOA : la Journée internationale de la Femme. Malgré la pluie, dans les rues de la ville, les femmes des nombreux quartiers ou mouvements ont défilé avec leurs couleurs, leurs chants et leurs danses. La fête est collective. On marche, on chante, on se rassemble.
Dans les rizières, une autre réalité apparaît : le début des moissons. Pas de machines sophistiquées. Le travail se fait à la force des bras, dans les champs. Cette proximité avec la terre rappelle combien la vie ici dépend encore directement du rythme des saisons.
Au collège Saint-Joseph, l’année 2026 est particulière : l’établissement fête ses 100 ans d’existence. Les premières célébrations ont commencé avec un spectacle de théâtre préparé par les enseignants. L’énergie des élèves et de la communauté éducative donne déjà le ton : cette année anniversaire promet d’être belle.
À l’école et au collège, nous expérimentons aussi une autre manière d’apprendre le français. Avec les élèves, nous chantons, jouons, lisons, dessinons, faisons du sport, parlons, discutons, mimons . La langue devient un terrain d’exploration vivant. On découvre vite que l’on apprend souvent mieux quand le corps et la joie participent.
Un autre moment très important avec la fête de Sainte Marie-Eugénie, fondatrice de la communauté des religieuses de l’Assomption.
Les sorcières de la nuit : la peur comme langage social !
Après les recommandations quant aux dangers que présentent les Sirènes de Manakara , ce sont d’autres récits qui ont retenu notre attention, cette fois autour d’un repas partagé au sein de la communauté : les mpamosavy ou les sorcières.
Elles sortiraient la nuit, entre 23 h et 3 h du matin.
Ce sont, dit-on, des femmes ordinaires, connues de tous, frappées par un sort maléfique. Elles mènent une vie normale le jour, sans que leurs familles, ni même leurs époux, ne sachent réellement ce qu’il en est. Seule la rumeur du village les désigne.
La nuit venue, elles danseraient dévêtues sur le perron des maisons, dans les rues ou sur les tombeaux disséminés sur les flancs des collines.
Ces présences invisibles, loin d’être marginales, nous ont été confirmées par plusieurs enseignants du collège Saint-Joseph. Elles révèlent la manière dont la communauté pense les frontières entre le visible et l’invisible, entre le monde des vivants et celui des morts.
On nous rappelle que ces figures ne sont pas seulement des sources de peur : elles participent aussi à une régulation sociale. Elles rappellent que les tombeaux sont des espaces chargés de sacré.
Ces récits de sorcières , s’ils participent à la cohésion sociale, peuvent aussi parfois devenir sources d’injustice lorsqu’ils désignent une personne réelle.
🌿 Pape François – Discours aux peuples autochtones (Amazonie, 2019)« Vos mythes, vos récits, vos rites ne sont pas des superstitions à effacer, mais des chemins de sens à écouter. »
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👉 Dans le prochain épisode, nous quitterons la peur pour entrer dans la mémoire. Car à Madagascar, les morts ne sont jamais absents.
Appliquant scrupuleusement les recommandations des organismes de formation, le coach -junior que je suis , a souvent cherché à « agir » sur les croyances, ces représentations tenues pour vérités, avec l’ambition de permettre à chacun de devenir pleinement soi ! Et si c’était une erreur ?
A quoi et à qui croyez-vous ?
Madagascar est une île où les croyances ne se cantonnent pas à un passé lointain : elles vibrent encore aujourd’hui dans la vie quotidienne, dans les rites, dans les échanges, dans la façon dont les gens racontent le monde et donnent sens à leurs relations humaines, sociales et environnementales.
Ces croyances sont probablement le fruit d’un long processus historique, marqué par des vagues d’implantations religieuses successives, de l’animisme ancestral au christianisme introduit par des missionnaires au XIXᵉ siècle.
Le sujet des croyances revient assez souvent, avec un sourire nous concernant, avec beaucoup de sérieux pour nos hôtes. Ici, à Madagascar, ces présences invisibles ne sont pas de simples récits folkloriques : elles circulent, s’énoncent, se transmettent et façonnent la manière d’habiter le monde. Ce sont des sujets très sérieux qu’il convient de respecter.
À notre arrivée, nous l’admettons volontiers, notre culture occidentale était teintée de scepticisme voire d’un sentiment caché de supériorité . Mais être accueillis sur une terre étrangère, c’est aussi, nous l’a-t-on souvent rappelé, accepter d’entrer dans une culture sans la juger, en laissant de côté nos grilles de lecture rationnelles. Notre vision peut parfois obscurcir ce que d’autres savent depuis longtemps.
Les sirènes de Manakara : quand la mer regarde l’homme !
La nuit, à Manakara, l’océan ne se voit presque plus. Il se devine. On l’entend respirer. Et dans ce souffle, certains entendent des voix.
Avant même notre escapade à Manakara, nous avions été mis en garde, des avertissements sérieux, répétés, précis : attention aux sirènes !
« Prenez garde. Elles peuvent vous attirer, surtout les hommes, dans les profondeurs et ne vous relâcher que plusieurs jours, semaines ou mois plus tard. »
Ces créatures, nous disait-on, sortent de l’eau, dansent, captent l’attention, séduisent. De vives recommandations accompagnaient ces récits :
ne pas se rendre au bord de la mer vêtu de rouge,
éviter de s’y rendre après avoir mangé de la viande de porc.
Des attitudes considérées comme néfastes, susceptibles de troubler l’équilibre invisible entre l’humain et l’océan.
Dans ces paroles se lit une vision profondément relationnelle de la nature. L’océan Indien, n’est pas un simple décor ou une ressource : elle est habitée, puissante, susceptible de répondre aux comportements humains.
Des anthropologues ont montré combien, dans les cultures malgaches, les éléments naturels – mer, forêt, montagne – sont pensés comme des espaces traversés par des forces invisibles, héritées d’un fond animiste ancien.