ENSEMBLE à MADAGASCAR

Blog de Bérangère et J-Pierre

Étiquette : MADAGASCAR

  • Croyez-vous ?

    Episode 1 : les Sirènes de MANAKARA

    Appliquant scrupuleusement  les recommandations des organismes de formation, le coach -junior que je suis , a souvent cherché à « agir  » sur les croyances, ces représentations tenues pour vérités,  avec l’ambition de permettre à chacun de devenir pleinement  soi !  Et si c’était une erreur ?

    A quoi et à qui croyez-vous ?

    Madagascar est une île où les croyances ne se cantonnent pas à un passé lointain : elles vibrent encore aujourd’hui dans la vie quotidienne, dans les rites, dans les échanges, dans la façon dont les gens racontent le monde et donnent sens à leurs relations humaines, sociales et environnementales.

    Ces croyances sont probablement le fruit d’un long processus historique, marqué par des vagues d’implantations religieuses successives, de l’animisme ancestral au christianisme introduit par des missionnaires au XIXᵉ siècle.

    Le sujet des croyances revient assez souvent, avec un sourire nous concernant, avec beaucoup de sérieux pour nos hôtes. Ici, à Madagascar, ces présences invisibles ne sont pas de simples récits folkloriques : elles circulent, s’énoncent, se transmettent et façonnent la manière d’habiter le monde. Ce sont des sujets très sérieux qu’il convient de respecter.

    À notre arrivée, nous l’admettons volontiers, notre culture occidentale était teintée de scepticisme voire d’un  sentiment caché de supériorité . Mais être accueillis sur une terre étrangère, c’est aussi, nous l’a-t-on souvent rappelé,  accepter d’entrer dans une culture sans la juger, en laissant de côté nos grilles de lecture rationnelles. Notre vision peut parfois obscurcir ce que d’autres savent depuis longtemps.

    Les sirènes de Manakara : quand la mer regarde l’homme !

    La nuit, à Manakara, l’océan ne se voit presque plus. Il se devine. On l’entend respirer. Et dans ce souffle, certains entendent des voix.

    Avant même notre escapade à Manakara,  nous avions été mis en garde, des avertissements sérieux, répétés, précis : attention aux sirènes !

    « Prenez garde. Elles peuvent vous attirer, surtout les hommes, dans les profondeurs et ne vous relâcher que plusieurs jours, semaines ou mois plus tard. »

    Ces créatures, nous disait-on, sortent de l’eau, dansent, captent l’attention, séduisent.
    De vives recommandations accompagnaient ces récits :

    • ne pas se rendre au bord de la mer vêtu de rouge,
    • éviter de s’y rendre après avoir mangé de la viande de porc.

    Des attitudes considérées comme néfastes, susceptibles de troubler l’équilibre invisible entre l’humain et l’océan.

    Dans ces paroles se lit une vision profondément relationnelle de la nature. L’océan Indien, n’est pas un simple décor ou une ressource : elle est habitée, puissante, susceptible de répondre aux comportements humains.


    Des anthropologues ont montré combien, dans les cultures malgaches, les éléments naturels – mer, forêt, montagne – sont pensés comme des espaces traversés par des forces invisibles, héritées d’un fond animiste ancien.

    EPISODE 2 : les sorcières de la nuit !

  • « Croire par transmission éducative, est-ce encore croire ? »

    « Croire par transmission éducative, est-ce encore croire ? »

    En mettant ces lignes en partage, nous n’avons ni la prétention de détenir une vérité, ni celle de donner des leçons et encore moins d’apparaitre comme moralisateurs. La problématique serait d’ailleurs mal posée.

    Ce qui nous anime est plus simple et plus exigeant à la fois : observer, comprendre, questionner, dialoguer, apprendre et  réapprendre sans juger, respecter un lieu qui nous accueille.

    De nombreux écrivains et philosophes, antiques comme contemporains, ont éclairé cette tension toujours vive entre croire et être libre – tension qui demeure d’actualité si l’on en juge les nombreuses publications de l’Eglise catholique sur ce sujet et les réactions épidermiques de nombreux  acteurs politiques.

    Depuis notre arrivée à Ambohimasoha, l’expression de la foi semble être partout dès le lever du soleil :

    • dans la communauté catholique mais aussi protestante, musulmane, dans les églises évangéliques,
    • dans chaque classe, dans la cour, dans les familles, dans les processions, dans les bénédictions, dans les chants,
    • dans les discours publics,
    • dans le sport lui-même.

     Une foi visible, proclamée, collective, assumée. Et presque toujours cette même expression qui revient comme un refrain : « s’en remettre à Dieu ».

    Alors une question s’impose, sans provocation mais sans naïveté :
               CROIRE, est-ce un acte libre ?
                         CROIRE, est-ce un héritage culturel ?

                                                 CROIRE, est-ce une stricte obéissance ?

                                                                CROIRE, est-ce une foi réellement choisie ?

    Nos propres enfants reconnaitront, dans cet argumentaire, une conviction éducative forgée de longue date : on a toujours le choix. (S. HOULE – https://youtu.be/ZXYHFGeoXnc- conférence largement diffusée) Reste ensuite – et c’est le plus difficile – à en assumer les conséquences. Cette liberté-là, intérieure, exigeante, n’est jamais confortable.

    Saint Augustin l’exprime avec une audace intacte :

                                                                   « Aime et fais ce que tu veux. »
    Une phrase souvent mal comprise, mais profondément exigeante : aimer suppose une liberté mûre, éclairée, responsable.

    À l’autre extrémité, Jean-Paul Sartre affirmait :

                                                                « L’homme est condamné à être libre. »
    Même lorsqu’il rejette la foi, Sartre rappelle une vérité qui peut déranger : ne pas choisir est aussi un choix.

    Mais comment mesurer la liberté d’adhésion à la foi de manière générale et encore plus dans un contexte de grande pauvreté matérielle, éducative, économique, quand les besoins fondamentaux décrits par la pyramide de Maslow  ne sont pas quotidiennement satisfaits ?

    Il n’existe – et heureusement (quoi que…)  – aucun instrument pour quantifier la liberté intérieure. Elle relève de l’intime, du spirituel, du chemin personnel.

    La vraie question n’est -elle pas davantage de l’ordre de l’éducation de la foi :

    La foi est-ce  un acte de  transmission ou un acte d’ appropriation ?
    La foi  est-elle le fruit d’un apprentissage par répétition ou par la construction du sens ?

    Formés avec la philosophie du  constructivisme et du socio-constructivisme dans les années 1980 (Piaget, Vygotsky…) et clairement éloignés d’une logique béhavioriste, nous pensons que croire ne peut être un simple héritage récité. Une foi transmise sans être interrogée risque de devenir fragile, voire étrangère à celui qui la professe.

    En Occident, et plus spécifiquement en France, de nombreux articles documentent une baisse significative de la Foi chrétienne.

    Faut-il y voir

    • un effet négatif d’un modèle éducatif qui laisse davantage/trop de place à la liberté individuelle ?
    • le produit de cette pratique éducative du socio constructivisme de la génération des babys boomer  et X ?

    Cette question de la transmission est, par ailleurs un dilemme permanent pour l’enseignement catholique de France associé à l’état par contrat : proposer sans imposer dans le cadre juridique de la loi Debré.

    À Madagascar, la foi structure, soutient, rassemble. Elle est souvent source d’espérance, parfois la seule. Comme l’écrivait Martin Luther King :

               « La foi, c’est faire le premier pas même quand on ne voit pas tout l’escalier. »

    Alors oui, croire permet sans doute de tenir debout quand tout vacille. Mais croire librement suppose aussi d’avoir été autorisé à questionner.

    Le pape François le rappelait avec une clarté radicale :

                            « – Dieu ne veut pas de disciples forcés : il veut des personnes libres. »
    et encore :
                                      « – La foi est une invitation, jamais une obligation. »

    Ces paroles résonnent fortement. Elles nous obligent, elles interrogent nos pratiques éducatives, pastorales, missionnaires, relationnelles.

    Notre regard occidental mérite sans doute d’être critiqué : trop individualiste, trop rationnel, trop matérialiste, parfois coupé du sens du collectif. Mais l’inverse mérite aussi d’être interrogé :  une foi reçue sans être appropriée est-elle pleinement libératrice ?

    Blaise Pascal écrivait déjà :

                    « La foi est différente de la preuve : l’une est humaine, l’autre est un don de Dieu. »
    Encore faut-il que ce don puisse être accueilli… librement.

    Nous n’avons pas de réponse définitive, seulement des convictions bousculées.
    Et une certitude : foi et liberté ne s’opposent pas lorsqu’elles se rencontrent dans une  conscience éclairée.

    Et là apparait l’élément déterminant selon nous : le transmetteur !

    Et si le facteur principal n’était pas celui qui reçoit, mais la personne qui transmet ?

    S’il existe un lieu où la liberté s’exerce pleinement dans la foi, c’est sans doute chez celui ou celle qui transmet.

    Le transmetteur – parent, enseignant, éducateur, catéchiste, grand-parent – parrain/marraine – occupe une position décisive. Il peut ouvrir un chemin… ou le fermer. Car transmettre la foi ne consiste pas à faire croire, mais à rendre possible « le croire ».

    Celui qui transmet détient un pouvoir immense :
                                     – le pouvoir de proposer sans imposer,
                                      – le pouvoir d’éclairer sans contraindre,
                                      – le pouvoir d’accompagner sans diriger.

    Lorsque la foi est transmise comme une évidence indiscutable, elle risque de devenir une norme culturelle, un réflexe hérité, parfois une obligation silencieuse. À l’inverse, lorsque le transmetteur accepte de laisser place au doute, à la question, au temps long, il crée un espace où la foi peut devenir un choix personnel, assumé et libre. Ceci n’explique – t – il pas, au moins partiellement, le renouveau  des catéchumènes et les nombreuses mises en garde  du pape François contre le cléricalisme ?

    La liberté dans la foi ne se mesure donc pas d’abord chez celui qui reçoit, mais chez celui qui transmet.
    Sa posture est déterminante :
    ==> Accepte-t-il que l’autre ne croit pas comme lui ?
    ==>  Tolère-t-il l’incertitude, la distance, voire le refus ?
    ==> Fait-il confiance au chemin intérieur de celui qu’il accompagne ?

    Transmettre la foi, ce n’est pas sécuriser une réponse, c’est oser une question.
    Ce n’est pas verrouiller un héritage, c’est ouvrir un horizon, une trajectoire.

    En ce sens, le transmetteur est peut-être le premier garant de la liberté de croire…à condition d’accepter que cette liberté puisse aussi conduire ailleurs.

    La pensée du Pape François est sans détour :

    « La contrainte n’est jamais de Dieu. »


    Alors une question dérangeante s’impose : si la foi enferme parfois, qui en porte vraiment la responsabilité ?

    Oui, nous sommes libres de croire ou de ne pas croire !

    Non, croire ne diminue pas les libertés !

    Oui, le transmetteur est le garant de la liberté de croire !

    Oui, croire se conjugue avec liberté et responsabilité !

    La réflexion reste ouverte.

    Et vous, qu’en pensez-vous ?
    La foi libère-t-elle davantage quand elle est choisie ?
    Comment éduquer sans contraindre, transmettre sans enfermer ?

    Vos réactions nourriront la réflexion.

                            «  – Je  suis  chargée de vous dire pas de vous faire croire. »

    Bérangère & Jean Pierre

    ensembleamadagascar.blog

    Pour aller plus loin

     Ouvrages

    • Paul Ricœur, Soi-même comme un autre.
    • Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde.

    Articles & ressources

    • Evangelii Gaudium – Pape François