
VALIMBAVAKA = récompense (VALIM) et prière (VAVAKA)
De retour d’un périple de plus de 600 km de TULEAR, ville en bordure du canal de MOZAMBIQUE, à AMBOHIMAHASOA, ville des Hauts Plateaux, il attend. Il est assis à la droite du portail. Il joue avec ses claquettes.
Valimbavaka, cinq ans, et déjà mille vies.
Il a cinq ans, il est en classe de 12 ème.
Cinq années seulement, un peu du poids d’un monde sur ses épaules et une envie folle de rire, jouer, grimacer.
Autour de lui, quelques adultes restent debout : sa maman, ses grandes sœurs, les Sœurs…
Le matin, dès 07h00, en ce début de saison hivernale, la brume épaisse s’accroche encore aux collines d’Ambohimahasoa. Les herbes sont humides, la terre respire, les coqs chantent. Valimbavaka marche sur le chemin de terre rouge qui longe les rizières. Il avance, seul, pas toujours propre, avec cette détermination tranquille des enfants qui ne se posent pas de questions.
Au bout du chemin, il y a l’école Saint-Joseph.
En cours de chemin, il y a « Madame Bérangère ».
MORA, MORA
L’enfant qui prend son temps …
Valimbavaka est scolarisé à l’école St Joseph.
Il est réservé quand il y a du monde, comme s’il observait avant d’entrer en scène. Mais quand le cours commence, il participe. Il lève la main. Il essaie. Il ose.
Il est même un peu têtu. Il refuse, très souvent, de répondre aux questions des Sœurs.
Chaque matin, du haut du tabouret qu’il a placé devant la fenêtre, il pointe son bout de nez à la fenêtre de la salle où Mme Bérangère prend le petit déjeuner et lance un discret « bonjour – merci »
Et puis la fenêtre s’ouvre, son visage s’illumine.
Ce n’est pas seulement un goûter qu’il vient chercher. Il offre son cartable, Madame Bérangère y dépose un goûter après lui avoir demandé de montrer ses mains propres.
C’est une attention, une présence, une reconnaissance, dans un monde où tout manque, cela vaut beaucoup.
Une maison au bord de la fragilité
Valimbavaka est le dernier enfant, et le seul garçon, d’une fratrie de cinq.
La maison familiale, propriété de la paroisse, est posée au bord des rizières, fragile comme un souffle.
Son père boit. Les jours où l’alcool parle à sa place, les mots deviennent durs. Parfois les gestes aussi. La mère encaisse, protège, tient debout. Elle travaille comme elle peut : petits travaux au service de la communauté , petits revenus, grande dignité.
C’est elle qui porte la famille.
C’est elle qui maintient la lumière.
Apprendre… malgré tout
À l’école, Valimbavaka apprend.
Les classes sont pleines. Trop pleines… plus de 60 élèves !
Les bureaux sont abimés, les cahiers sont rares. Les livres encore plus.
Les mots français flottent dans l’air, mais ne trouvent pas toujours où se poser.
Et pourtant, il s’accroche.
Parce qu’il a compris une chose essentielle, sans qu’on lui explique :
l’école est peut-être la seule porte.
Mais une porte vers quoi ?
Quel avenir pour Valimbavaka ?
Dans un pays respectueusement qualifié dans nos livres de géographie des années 80 « en voie de développement » où :
- l’école peine à tenir ses promesses,
- la pauvreté enferme autant qu’elle fatigue,
- la corruption détourne les chemins,
Quel avenir peut-on dessiner pour tous les Valimbavaka ?
Madagascar est un pays de résistances, de résilience, de solidarités familiales et d’intelligences incroyablement vivantes, et malgré tout, la réponse est brutale : statistiquement, peu de chances.
Il pourrait quitter l’école trop tôt, rejoindre les champs, subir à son tour les fragilités d’un monde qu’il n’a pas choisi. »
Et pourtant…
Dans une vie où il manque presque tout, Valimbavaka a déjà appris à donner :
- une chaise pour accueillir Madame Bérangère dans la classe chaque mardi matin
- des kakis, des citrons cueillis sur les arbres, des gâteaux en remerciements des bonbons offerts
Ce que les statistiques ne disent pas
Elles ne disent pas :
- le regard de Valimbavaka quand il comprend un mot,
- son sourire quand il reçoit son goûter,
- sa fidélité chaque matin,
- sa capacité à aimer,
- sa volonté d’apprendre le dimanche en utilisant les jeux reçus de ses amis Français invisibles
- sa place à côté de Madame Bérangère durant les messes dominicales de 2h30.
Elles ne disent pas non plus l’impact d’une seule personne, d’un adulte qui croit en lui, d’un geste répété, d’un lien tissé jour après jour.
Là où tout peut basculer
Peut-être que l’avenir de Valimbavaka ne dépend pas d’un système, ni même d’un pays.
Peut-être qu’il dépend de rencontres, d’une école qui tient bon, d’une femme qui accueille chaque matin, des sœurs qui partagent des valeurs éducatives, d’un regard qui dit : tu comptes pour moi.
Parce qu’un enfant à qui l’on donne une place peut, un jour, trouver sa voie.
Une question pour chacun de nous
A cinq ans, il ne connaît ni les statistiques, ni les limites, ni les fatalités. Il avance chaque matin.
La vraie question n’est peut-être pas « Quel avenir pour Valimbavaka à Madagascar ? »
Mais plutôt : Quel avenir voulons-nous rendre possible pour tous ces enfants ?
Un avenir qui ne sera possible que lorsque le système éducatif sera davantage structuré : des enseignants davantage formés, une corruption maîtrisée, des classes à effectifs moindres…
Que fera son pays pour lui ?
Depuis la présence des premiers missionnaires, l’Église catholique a compris l’importance de l’enjeu éducatif à Madagascar. Nombreuses sont les écoles privées catholiques, et plus particulièrement celles des congrégations religieuses, qui apportent une réponse éducative. Mais, la question n’est pas qu’éducative, elle est aussi politique.
👉 Combien d’enfants comme lui faudra-t-il encore pour que l’on comprenne que l’avenir de Madagascar ne se joue pas demain… mais aujourd’hui, dans ses salles de classe ?
👉 « Combien d’enfants comme Valimbavaka devront encore marcher seuls sur les chemins rouges avant que l’éducation devienne une priorité ? »
Un pays se construit sur ses ressources, Madagascar en a de nombreuses : saphirs, flore, élevage, culture… Un pays se révèle dans la manière dont il protège et élève ses enfants.
Les enfants sont prêts.
Madagascar l’est-il ?
« Demain matin, dès le lever du soleil, VALIMBAVAKA reprendra le chemin de terre rouge.
Son cartable sur le dos.
Ses claquettes aux pieds.
Et cette question silencieuse dans les yeux :
le monde lui laissera-t-il une place ? »
Bérangère et Jean-Pierre
ensembleamadagascar.blog






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