TANTARA VATO

Des psy en cailloux .
A Ambohimahasoa, sur les Hautes Terres rouges de Madagascar, vivait une jeune fille nommée Soa. Comme beaucoup d’enfants du village, Soa ne possédait ni poupée, ni jouet sophistiqué. Mais cela ne la rendait pas malheureuse. A chaque récréation, derrière le bureau de la Sœur directrice, à l’abri des regards, elle retrouvait ses amies pour jouer au Tantara vato.
Dans sa poche de tablier bleu, Soa conservait précieusement ses personnages :
- une pierre blanche pour la grand-mère,
- une pierre noire pour le chef du village,
- une pierre rouge pour sa meilleure amie.
Lorsqu’elle voulait faire parler ses personnages, elle frappait doucement deux pierres l’une contre l’autre :
Tac… tac…et aussitôt les voix naissaient.
Un jour, à la récréation du matin, alors que Soa se sentait triste sans trop savoir pourquoi, elle prit les pierres et s’installa seule sur les marches du bâtiment. Elle choisit la pierre rouge.
Tac… tac…
- Je suis contente aujourd’hui, dit la fillette.
Soa s’arrêta.
- Non, murmura-t-elle. Ce n’est pas vrai.
Elle recommença.
Tac… tac…
- Je suis triste aujourd’hui, puis elle prit la pierre blanche.
Tac… tac…
- Pourquoi es-tu triste, mon enfant ?
Soa réfléchit.
- Parce que personne ne m’écoute.
La pierre blanche répondit :
- Es-tu certaine ? Ou bien n’as-tu pas encore trouvé les mots ?
La petite fille resta silencieuse. A la récréation de l’après-midi, elle revint.
Cette fois, elle prit la pierre noire.
Tac… tac…
- Que fais-tu quand ton cœur est lourd ? demanda la fillette rouge.
Tac… tac…
- Je parle à quelqu’un de confiance.
- Et si personne n’est disponible ?
- Alors je parle aux pierres jusqu’à ce que mes pensées deviennent claires.
Soa sourit. Elle avait l’impression que les pierres lui répondaient vraiment. Les jours passèrent.
Chaque jour, elle inventait des histoires.
Parfois la fillette rouge se mettait en colère.
Parfois la grand-mère demandait pardon.
Parfois le sage avouait qu’il ne savait pas tout.
À travers ses personnages, Soa racontait ses peurs, ses rêves, ses joies et ses déceptions. Sans le savoir, elle apprenait à s’écouter.
Un soir, sa mère, Soa ne rentra pas après la classe. Sa maman la trouva sous un énorme baobab.
- À qui parles-tu ?
Soa montra ses pierres.
- À elles.
Sa mère éclata de rire.
- Et que te disent-ils ?
La jeune fille réfléchit puis répondit :
- En réalité, ils m’aident à entendre ce que je pense déjà.
Sa mère s’assit à côté d’elle.
- Alors ce ne sont pas les pierres qui sont magiques.
- Non.
- C’est ton imagination ?
- Pas seulement.
- Alors quoi ?
Soa regarda ses petits cailloux alignés devant elle.
- Quand une pierre parle, personne ne se moque d’elle. Alors chacun peut dire la vérité.
Sa mère resta un moment silencieuse. Puis, elle prit une petite pierre et la fit tinter contre une autre.
Tac… tac…
- Puis-je jouer avec toi ?
Soa sourit.
- Bien sûr.
Avec les pierres, les disputes trouvent souvent une solution, les chagrins deviennent plus légers, les rêves, plus grands.
Et les anciens disaient parfois en souriant :
« Les pierres ne guérissent pas les cœurs, elles leur donnent simplement la parole. »


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